Coalition Transpartisane par Enjeux
La Tactique
Dans le paysage politique polarisé d'aujourd'hui, trouver un terrain d'entente pour mobiliser les électeurs peut être difficile. Pourtant, certaines questions trouvent un écho au-delà des idéologies, rassemblant les gens autour de préoccupations communes qui touchent la vie quotidienne.
Promouvoir une coalition transpartisane par enjeux de la société civile est une stratégie qui réunit des groupes divers pour faire avancer une cause qui dépasse les clivages partisans. Elle offre une plateforme puissante pour les efforts de FAV. En se concentrant sur des enjeux largement soutenus, ces coalitions attirent des participants de tout le spectre politique et favorisent l'action collective.
Déplacer l'attention des batailles partisanes vers des priorités partagées crée de nouvelles possibilités d'engagement, permettant de toucher des électeurs qui pourraient autrement se sentir déconnectés. Une telle coalition peut dynamiser la participation au-delà des bases traditionnelles, en atteignant aussi les indépendants et les personnes désillusionnées par la politique.
De plus, cette alliance peut durer au-delà du jour de l'élection, en continuant à pousser au changement et à l'engagement civique, renforçant une culture de participation démocratique même après le dépouillement des votes.
Pourquoi ça marche
- Va au-delà de la base. En se concentrant sur des préoccupations communes, les coalitions peuvent mobiliser les indépendants, les électeurs indécis et les désillusionnés — souvent négligés par les campagnes partisanes.
- Déplace l'attention des partis vers les principes. Centrer la campagne sur des valeurs et des enjeux concrets rend le vote plus significatif pour celles et ceux que la polarisation politique rebute.
- Renforce la confiance et la légitimité. Lorsque les électeurs voient des alliés improbables unis, cela signale de l'authenticité et un soutien large, ce qui renforce le message et inspire l'action.
- Crée une infrastructure civique durable. Après le jour de l'élection, la coalition peut évoluer en une force de redevabilité, de plaidoyer et d'engagement démocratique.
Comment ça marche
1. Identifier les préoccupations communes
Commencez par analyser quels enjeux résonnent au-delà des clivages idéologiques et ont un impact tangible sur la vie quotidienne des gens. Utilisez la recherche, les données de sondage ou l'engagement communautaire pour identifier des sujets capables d'unir des groupes divers. Donnez la priorité aux enjeux bénéficiant d'un large soutien et d'un fort attrait émotionnel, car ce sont de puissants moteurs de mobilisation électorale.
2. Réunir les parties prenantes
Une préoccupation partagée est le fondement d'une coalition forte. Elle donne aux gens une raison de se rassembler et d'agir. Une fois le ou les enjeux clés identifiés, contactez des organisations de terrain, des leaders communautaires, des militants et des groupes de plaidoyer qui peuvent avoir des idéologies politiques différentes mais partagent un intérêt à y répondre. Ce sont ces personnes qui formeront l'ossature de la coalition.
3. Objectifs communs, règles intelligentes
Une coalition réussie aligne des organisations diverses autour d'un objectif commun sans exiger une coordination quotidienne. Définissez des points de consensus clairs et des règles de fonctionnement de base pour fixer les limites des actions conjointes : « La coalition se concentrera uniquement sur ces priorités et pas sur d'autres ». Établissez des accords sur la prise de décision (si nécessaire), la communication et les niveaux d'engagement. Ces principes doivent être consignés par écrit et idéalement signés.
4. Développer une stratégie unifiée
Une fois qu'il existe un document écrit avec les objectifs et les règles partagés, il est temps de créer une stratégie souple et orientée vers l'action, qui évite la bureaucratie et la coordination excessive. Pensez à la coalition comme à une flotte de navires : chacun avance de manière indépendante mais suit le même cap. Au lieu de trop définir les rôles ou de perdre du temps dans des réunions sans fin, concentrez-vous sur l'alignement, en permettant à chaque groupe de contribuer à son propre rythme sans transformer la participation en fardeau.
5. Passer à l'action
La force d'une coalition réside dans la diversité de ses voix. Chaque organisation doit activer ses propres réseaux pour amplifier le message par des canaux de confiance — groupes communautaires, réseaux sociaux et contact direct. Des voix différentes atteignent des publics différents, ce qui permet à la coalition de se connecter aux électeurs là où ils se trouvent. La clé est une coordination sans centralisation, permettant à chaque groupe de mobiliser sa base de la manière la plus efficace.
6. Amener les partis politiques à prendre position
Chaque action doit faire pression sur les partis politiques pour qu'ils adoptent une position claire sur l'enjeu porté par la coalition. Utilisez des pétitions, des campagnes médiatiques et des forums publics pour obliger les candidats à répondre. Rendez les positions des partis visibles et impossibles à éviter, en faisant de la cause de la coalition un facteur clé du processus électoral. Quand les électeurs voient qu'un enjeu les touche directement, ils sont bien plus susceptibles de voter. C'est notre objectif ;)
7. Itérer et améliorer
Organisez des points d'étape efficaces et orientés vers les résultats, et mettez en place des canaux de communication clairs pour garantir un alignement continu, sans réunions inutiles. Suivez les progrès vers les objectifs, mesurez l'impact et adaptez-vous en fonction des retours. Utilisez les données et les enseignements en temps réel pour affiner les stratégies et tirer des leçons des échecs, afin que la coalition reste dynamique et efficace.
Conseils
A. Construire une culture humble et guidée par la mission
Le succès d'une coalition dépend autant des relations humaines que de la stratégie. Une culture saine, constructive et orientée vers les résultats, avec un leadership sans ego et concentré sur l'impact, fait toute la différence. Les coalitions échouent lorsqu'elles s'enlisent dans la bureaucratie ou quand quelqu'un essaie de les prendre de haut. Alors, commencez par la mission, pas par le processus — faites naître un sens du but et des possibles. Tout le monde ne s'entendra pas forcément en chemin, et ce n'est pas grave. Il faut construire un espace où les gens se connectent — non pas pour être d'accord, mais pour agir.
B. N'ayez pas peur d'être politiques
De nombreuses campagnes de FAV essaient de se distancier de la politique, mais la politique est un outil de changement, pas quelque chose à éviter. Lorsqu'elle est guidée par des principes, la politique peut être honorable — voire belle. Votre coalition doit s'engager politiquement, en se concentrant sur des valeurs partagées plutôt que sur les divisions partisanes. Les campagnes électorales sont des moments pour faire avancer des enjeux clés et obliger les candidats à prendre position. La société civile et la politique ne sont pas des mondes séparés — une campagne de FAV prospère lorsque ces deux mondes interagissent, pas lorsqu'ils restent à distance.
Qui l'a bien fait ?
Slovénie : Institut du 8 mars
Faire campagne pour des valeurs
Lors des élections de 2022 en Slovénie, l'Institut du 8 mars (8MI) a compris qu'une approche traditionnelle du vote ne trouverait pas d'écho dans un climat profondément polarisé. Au lieu de se concentrer sur une campagne standard avec des slogans accrocheurs et des graphismes tape-à-l'œil, il a réorienté sa campagne vers des messages fondés sur le contenu et les valeurs démocratiques.
Leur campagne se distinguait par l'accent mis sur les politiques plutôt que sur les personnalités, et par la promotion de l'action collective sans soutien partisan direct, en faisant de l'avenir du pays — plutôt que d'un parti ou d'un politicien en particulier — le véritable enjeu.
Le 8MI a commencé par sonder son réseau d'organisations de la société civile afin d'identifier les politiques les plus dommageables mises en œuvre sous le gouvernement de Janez Janša, mettant finalement en lumière les 11 lois les plus problématiques. À partir de ces constats, il a élaboré une proposition législative de « remise à zéro » (une « loi omnibus ») visant à annuler les politiques nuisibles et à restaurer les normes démocratiques du pays.
Il a présenté cette proposition à des partis politiques de tout le spectre, en cherchant à obtenir leur engagement à soutenir l'adoption de cette loi comme première étape vers la restauration du paysage politique démocratique slovène s'ils étaient élus. Cela a permis au 8MI de faire campagne à la fois pour la loi et pour les partis qui s'engageaient à la soutenir, créant une coalition sans précédent autour d'un agenda démocratique commun.
Ce modèle a transformé l'ensemble de la campagne politique. Au lieu de voter pour des politiciens, les citoyens slovènes ont été encouragés à voter pour des politiques alignées sur leurs valeurs. En présentant l'élection comme un choix centré sur le contenu et les valeurs démocratiques plutôt que sur des politiciens individuels, l'Institut du 8 mars a réussi à unir électeurs et partis politiques autour d'un objectif commun.
La campagne a atteint un taux de participation record (71 %), soulignant l'efficacité d'une organisation fondée sur les valeurs et les coalitions pour contrer l'autoritarisme.
« Nous écoutons les voix de la société, analysons les problèmes structurels, trouvons des solutions systémiques et construisons des campagnes à partir de ces enseignements. Plus important encore, nous adoptons des positions universelles et accueillons tout le monde parmi nous, quelle que soit son affiliation politique. Nous croyons que les causes que nous défendons sont universelles. Et ce n'est pas une position calculée ; c'est notre conviction sincère. »
Pologne : Société civile polonaise
Unis par les valeurs, pas par les partis
Pour les élections parlementaires de 2023 en Pologne, après près d'une décennie de résistance au parti au pouvoir Prawo i Sprawiedliwość (PiS, Parti Droit et Justice) et à ses attaques systématiques contre les institutions démocratiques, la société civile était devenue plus résiliente… et plus stratégique. Les organisations se sont éloignées d'une logique de « concurrence pour les subventions » et de « silos isolés », et ont au contraire adopté une coopération fondée sur la confiance et une action agile et auto-organisée. Cette culture de solidarité a posé les bases d'un effort national de FAV.
La stratégie était simple mais puissante : ne faites pas campagne pour des partis — faites campagne pour des valeurs. Plus de deux douzaines d'OSC — y compris des groupes féministes, des défenseurs des droits LGBTQ+, des organisations sur les migrations et le climat, des vigies juridiques et des initiatives de terrain — ont lancé une campagne coordonnée pour mobiliser les électeurs autour de principes communs.
Chaque groupe parlait avec sa propre voix, mais le message était unifié : un troisième mandat du PiS signifierait des dégâts irréversibles. Les campagnes ont été adaptées pour atteindre différents segments de la population. Certaines visaient les jeunes et les primo-votants en utilisant l'humour, la musique et les réseaux sociaux. D'autres s'adressaient aux électeurs plus âgés en mettant l'accent sur l'État de droit, la corruption et la fatigue économique.
Les électeurs se voyaient proposer des choix guidés par les valeurs :
- « Droit à l'avortement ou registre des grossesses ? »
- « Une vie digne ou simplement survivre ? »
- « Deux milliards pour le traitement du cancer ou pour la télévision d'État ? »
Fait crucial, cette coalition civique est restée non partisane. Elle n'a soutenu aucun parti politique, mais a exercé stratégiquement une pression publique pour aider les partis d'opposition à s'aligner autour de principes démocratiques fondamentaux, même tout en étant en compétition dans les élections.
Le résultat a été un taux de participation de 74,3 % — le plus élevé depuis 1989 — avec une mobilisation de tous les grands groupes d'âge. La participation des jeunes (18-29 ans) est passée de 46,2 % en 2019 à 70,9 % en 2023. La participation des 50-59 ans a également bondi, de 59,6 % à 84,4 %.
En choisissant de ne pas agir comme des organisations isolées mais comme un front coordonné, la société civile a contribué à une mobilisation historique et mis fin au pouvoir du PiS.
« Nous avons appris que construire cette coalition ne relevait pas de la propriété, mais de la confiance et de valeurs partagées. En partageant les connaissances, les ressources et la visibilité, nous avons construit un réseau où le succès était collectif. Nous avons trouvé notre force dans l'alignement des actions et dans le fait de veiller à ce que personne n'ait à porter seul le fardeau. En passant d'efforts isolés à la coopération, ce changement a tout changé. »
En savoir plus
Ressources D-Hub
- D-Hub. 2024. "Poland Beats Backsliding." The Fight For Democracy Chronicles, Volume 1.
- D-Hub. 2024. "Democracy on the edge." The Fight For Democracy Chronicles, Volume 5.
Autres ressources
- Marczewski,Paweł; Goran Forbici and Fedor Blaščák. 2024. "Resisting the illiberal turn in Poland, Slovenia, and Slovakia."
- NHC. 2024. "Partner Spotlight: Institute 8th of March."

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